Commentary Paper n°10 – Disparition du vol MH 370 : quand la géopolitique s’emmêle !

Disparition du Vol MH 370 : quand la géopolitique s’emmêle !

Tanguy Struye de Swielande

COMMENTARY PAPER N°10, MARCH 24TH, 2014

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Le vol MH370 entre Kuala Lumpur et Pékin de la compagnie aérienne Malaysia Airlines a disparu des radars le 8 mars 2014. L’appareil transportait deux cent trente-neuf personnes (227 passagers et 12 membres d’équipage) de 15 nationalités différentes (Australie 6 ; Canada 2 ; Chine 152 ; Etats-Unis 3 ; France 4 ; Hong Kong 1 ; Inde 5, Indonésie 7 ; Iran 2 ; Malaisie 50 ; Nouvelle-Zélande 2 ; Pays-Bas 1 ; Russie 1 ; Taiwan 1 et Ukraine 2).

Si à l’origine la Chine, pays le plus touché par ce drame, et la Malaisie ont montré une volonté de coopérer, très vite la relation s’est dégradée, les Chinois estimant que la Malaisie n’était pas à la hauteur. Or, la Malaisie est sur la scène internationale plutôt plus proche de la Chine[i] que des Etats-Unis. Ces tensions n’ont pas échappé aux Etats-Unis qui ont rapidement proposé leur aide (moyens militaires, envoi d’agents du FBI, etc). Pour les Etats-Unis il s’agit d’envoyer dans un premier temps des signaux à Kuala Lumpur pour améliorer l’image des Etats-Unis en Malaisie. Alors si cette approche perceptuelle de la puissance, opérant par message, signal, ne modifiera in fine pas la situation concrète. Elle a un autre objectif : manipuler « l’environnement mental » de l’autre afin que ce dernier change son prisme d’attitude et ait, par conséquent, une approche plus constructive. Mais pour voir des avancements dans différents dossiers, il faudra plus que des gestes symboliques. Cela étant, l’ASEAN, dont la Malaisie est membre, forme un enjeu entre la Chine et les Etats-Unis pour le contrôle du Rimland asiatique. Aussi, c’est une opportunité pour Washington de se rapprocher de la Malaisie.

Le même raisonnement vaut pour le Japon. Alors qu’il n’y avait pas de passager japonais à  bord du Boeing 777, le Japon a très vite offert son aide. Le Japon table sur deux objectifs. D’une part, contrer l’influence chinoise au sein des pays de l’ASEAN, en se rapprochant de la Malaisie. Cela  est dans la continuité de la politique du Premier ministre Abe, qui depuis son arrivée au pouvoir a fait de l’ASEAN une de ses priorités sur la scène régionale. D’autre part, il s’agit également d’une offensive de charme, pour améliorer l’image du Japon auprès des leaders chinois et la population chinoise. Si cela aura probablement un effet positif en surface quant aux relations entre Tokyo et Pékin, cela n’effacera nullement l’animosité et les différends qui existent : intérêt national oblige. En effet, en 2008, des sauveteurs japonais étaient intervenus, dans la province du Sichuan après le tremblement de terre et bien que l’image du Japon était perçue de manière plus positive en Chine, la Realpolitik reprendra assez vite le dessus.

Enfin, pour l’Australie, le fait que les derniers indices pointent que l’avion se serait abimé à 2350 km de Perth est une occasion pour Canberra de s’affirmer sur la scène régionale et internationale. Le Premier ministre Abbott semble l’avoir très bien compris, puisque l’Australie n’a pas hésité à prendre la tête des recherches dans la région. Les enjeux pour l’Australie sont nombreux. En premier lieu, il s’agit de montrer que l’Australie en déployant ses moyens militaires est toujours une puissance militaire régionale dont il faut tenir compte. En second lieu, il importe également au gouvernement australien d’améliorer son image en Asie, laquelle a souffert en raison de certaines tensions avec la Chine, mais surtout avec l’Indonésie. L’Australie espère enfin être reconnue comme étant également une puissance moyenne « asiatique » à part entière.

En définitive, ces quelques exemples non-exhaustifs illustrent bien que la recherche du vol MH 370 concerne également des enjeux de relations internationales à ne pas négliger. La moindre erreur de comportement, d’images ou signaux envoyés, peut avoir des conséquences diplomatiques et géopolitiques.


[i] La Malaisie a été le premier pays de l’ASEAN à reconnaître en 1974 la RPC ; la relation commerciale dépasse les 100 milliards de dollars.